Interview parue dans la Revue de LA PRESSE

Région Chablais le 14 mai 2001

Humour bon enfant par deux jeunes comédiens lausannois à Aigle

«Un spectacle comique, mais gentil...»

Accueillis au Caveau de la Dramatique par l'association «Oxygène», deux jeunes comédiens issus de l'improvisation théâtrale ont fait rire le public aiglon durant quatre représentations. Rencontre.

«Entre guillemets», c'est le nom de scène du duo formé par Jean-Sébastien Monzani et Alain Beney, deux universitaires de la région lausannoise passionnés d'improvisation théâtrale. «Voui», leur premier spectacle, regorge d'un humour frais exempt de toute volonté partisane. Juste une heure de bonheur, sans arrière-pensée...

Alain Beney: Ça fait quatre ans qu'on se connaît, qu'on fait de l'improvisation ensemble, et qu'on fait parallèlement un peu de théâtre. On avait envie de monter un spectacle à deux...

J.-Sébastien Monzani: Donc on s'est séparé du reste de l'équipe pour ce duo et pour ce spectacle. Et comme ça a bien marché lors des premières représentations, en février à Satellite, on s'est dit qu'on allait continuer...

- Comment se passe l'écriture ?

J.-S. M.: On écrit à deux. On part de l'idée qu'on improvise, puis on écrit une première version, qu'on rejoue quelques jours plus tard. On regarde, on regarde, on regarde... et puis on travaille: on ajoute des gags, on en enlève, et au bout d'environ deux mois, on a le sketche. Et là, on voit si on le garde ou pas. Ce qu'on présente sur scène, c'est à peu près un tiers de ce qu'on a pu écrire. On préfère faire un spectacle d'une heure où les gens ont du plaisir, plutôt que ça tire en longueur.

- Pourquoi faire de l'humour gentil, alors que la mode actuelle est à l'humour caustique genre Canal. Ne nagez-vous pas à contre courant ?

J.-S. M.: Oui, c'est vrai !

A. B.: C'est un choix. Nous avons décidé de faire du gentil. C'est-à-dire de ne pas faire de gags politiques, ou sur la société. On voulait créer un spectacle où on passe un bon moment et où on rigole de choses bêtes, de choses toutes simples.

J.-S. M.: Je crois que c'est un peu dans la tradition du clown persécuteur et du clown persécuté: ça reste assez gentil. Je crains un peu l'humour où on est trop sur le fil du rasoir... C'était important pour moi de faire un spectacle simple. Et puis ce n'est pas prétentieux, on ne dénonce rien dans le spectacle. J'aime aussi l'idée que ça reste à peu près intemporel. On voit par exemple qu'une revue qui tourne bien, au bout d'un an, est complètement dépassée, parce qu'elle traite de choses politiques qui datent.

- Vous incarnez à tour de rôle tantôt le persécuteur, tantôt la victime: est-ce pour éviter que le public vous cantonne dans deux archétypes distincts ?

A. B.: Tout à fait. Typiquement, sur les premiers sketches qu'on a faits, on avait beaucoup de sketches Jean-Sé/Alain , c'est-à-dire des sketches où on s'appelle par nos prénoms et on joue nos rôles: je suis un petit peu idiot et lui est un peu persécuteur. On s'est dit ensuite qu'on ne voulait pas s'enfermer dans ce schéma, et on a intercalé des sketches où on ne joue pas Jean-Sé/Alain, également pour montrer qu'on était capable de faire autre chose.

J.-S. M.: J'aime bien l'idée que les gens voient les personnages et pas Alain et Jean-Sé. On fait attention à ça, et même lorsqu'on joue Alain et Jean-Sé, ce sont des personnages, ce n'est pas nous dans la vie. Je crois que c'est important; sinon, on se sentirait frustré; Je n'aime pas les comiques qui gardent ce qu'ils sont... Je comprends qu'un chanteur reste ce qu'il est, mais pas un comédien. Il doit jouer des rôles.

- Quelles sont vos ambitions dans le domaine du spectacle ?

J.-S. M.: Je crois qu'il faut être réaliste. Pour arriver à vivre du théâtre, il faut vraiment le vouloir, il faut faire des écoles spéciales, il faut avoir vraiment du talent...

A. B.: Je dirais que c'est un vieux rêve pour moi. Mais il est tellement difficile d'en vivre, dans la situation actuelle du milieu du théâtre, que c'est peu envisageable. Pour l'instant, je le garde comme un gros hobby.

J.-S. M.: Quant à moi, quand j'aurai besoin d'un emploi, je vais essayer d'avoir un emploi à 80%, parce que je tiens vraiment à avoir 20% de mon temps libre pour faire du théâtre.

- Vos prochaines dates de spectacle ?

J.-S. M.: Les 12, 13 et 14 juillet, aux Fêtes de la Cité, à Lausanne.

Propos recueillis par Sylvain De Marco